Les rivalités entre les grandes équipes sportives existent dans la grande majorité des sports collectifs. Elle se sont construites au fil des années, à la suite de nombreuses oppositions de légende que se sont livrées les protagonistes. Si les joueurs et coachs changent, les institutions restent. Malgré les changements d’effectif de saison en saison, les rivalités sont conservées dans le temps. Les fans s’identifient à l’équipe de leur ville, ou alors à celle de leur athlète favori.
Au basket-ball, on retrouve de nombreux classico en Europe. Parmi eux, il y a le choc entre le FC Barcelone et le Real Madrid en Espagne. Mais aussi le derby entre le Partizan Belgrade et l’Étoile Rouge de Belgrade en Serbie. Ou encore les confrontations entre le Limoges CSP et l’Élan Béarnais en France. Aux États-Unis, les matchs les plus scrutés sont ceux où s’affrontent les équipes de légendes… On recense les Los Angeles Lakers, les Boston Celtics, les Chicago Bulls ou encore les New York Knicks.
La domination historique des Lakers à Los Angeles
Los Angeles reste la ville des Lakers. La franchise aux couleurs Purple and Gold possède l’un des palmarès les plus prestigieux du sport américain. De leur côté, les Clippers présentent une armoire à trophées de champion NBA encore vierge. L’équipe dont le propriétaire n’est autre que Steve Ballmer, douzième fortune mondiale, dispose de fortes ambitions. Mais depuis sa création en 1970, elle n’a pas dépassé le stade des finales de conférence en playoffs.
Les matchs entre les Lakers et les Clippers sont toujours atypiques. Les deux équipes évoluent à domicile dans la même salle depuis 1999. Les Clippers vont changer d’arena en 2024, pour s’implanter dans le quartier d’Inglewood. En attendant, les derbys NBA de Los Angeles se disputent tous à la Crypto.com Arena. Si la salle est habillée aux couleurs de l’équipe recevante sur le calendrier, cela ne change pas grand chose dans l’organisation logistique des joueurs.
« C’est juste qu’au lieu d’être sur le banc de l’équipe à domicile, on est sur le banc adverse de l’autre côté du terrain. Il n’y a que ça qui change. Avec aussi le fait que le tunnel pour entrer sur le terrain, au lieu de prendre celui au nord, tu prends celui au sud. » nous explique Nicolas Batum, avant de poursuivre sur les enjeux de ce derby de Los Angeles.
« Lakers vs Clippers, on ne peut pas faire plus derby que ça » Nicolas Batum
« Cette opposition Lakers contre Clippers est toujours particulière. Ce sont deux équipes qui jouent dans la même ville. Mais aussi dans la même salle pour le moment. On ne peut pas faire plus derby que ça. Los Angeles, ça reste une ville « Lakers » à la base. Et ce, de par son Histoire qui est très importante. C’est toujours particulier d’affronter cette équipe là. Il y a un peu de fierté qui joue quand même. Les Lakers, ça reste les Lakers. De notre côté, chez les Clippers, on essaie de faire notre truc à nous. Donc c’est vrai qu’il y a un petit truc particulier à chaque fois qu’on les joue. »
Deux communautés de fans distinctes
Sans être excessive, la rivalité entre les joueurs se poursuit également dans les gradins entre supporters. Mais contrairement à l’Europe, où l’on retrouve des chants, des tambours et des fumigènes, l’émulation est différente. Cette concurrence entre fans se mesure plutôt au nombre de personnes encourageants chacune des deux équipes. Même lorsque les Clippers affrontent les Lakers à domicile, on retrouve plus de supporters de l’équipe adverse en tribunes. Ce qui semble à première vue assez déroutant pour les locaux… mais finalement pas tant que ça à en croire les propos de Nicolas Batum.
« Du fait du côté historique, c’est normal qu’il y ait plus de fans des Lakers que des Clippers. Même lorsque l’on joue à domicile lors du derby de Los Angeles. Mais on a quand même entendu nos supporters et on gagne le match à la fin. Je ne vais pas dire que l’on va rejoindre les Lakers tout de suite. Mais je pense qu’au niveau de la Ligue, il y a un certain respect qui est en train de s’installer petit à petit auprès des Clippers. », nous explique l’ailier français.
En ce début de saison 2022-2023, les Clippers ont pris un bien meilleur départ que leurs rivaux voisins. A vrai dire, il est difficile de faire pire que l’avant dernière place de la conférence Ouest. Il s’agit de la position à laquelle les Lakers pointent après quinze matchs de saison régulière. Cependant, pour l’heure, de meilleurs résultats sportifs ne sont pas encore suffisants pour faire chavirer le cœur des fans dans le camp adverse. Mais le jour où les Clippers remporteront leur premier titre de champion NBA, la donne pourrait bien changer. Après des dizaines d’années passées à la quête du Graal, la récompense suprême n’est peut être plus très loin.
Le derby de Los Angeles : Lakers contre Clippers, une rivalité pas comme les autres
Il existe des rivalités forgées par des décennies d'affrontements au sommet, comme celle qui oppose les Los Angeles Lakers aux Boston Celtics. Et puis il y a le derby de Los Angeles, cette confrontation particulière entre les Lakers et les Clippers, deux franchises qui ont longtemps partagé la même ville, la même salle et parfois le même vestiaire de couloir. Surnommé le "Battle of L.A.", ce duel raconte l'histoire d'un rapport de force longtemps déséquilibré, mais qui n'a cessé d'évoluer au fil des années.
Deux franchises que tout oppose
D'un côté, les Lakers, l'une des franchises les plus titrées et les plus glamour de l'histoire de la NBA, avec un héritage qui court de George Mikan à Magic Johnson, de Kareem Abdul-Jabbar à Kobe Bryant, en passant par Shaquille O'Neal et LeBron James. De l'autre, les Clippers, longtemps considérés comme le petit frère de la ville, une franchise habituée aux saisons difficiles avant de connaître une métamorphose au cours de la dernière décennie. Sur l'ensemble de leur histoire, les Lakers dominent très largement les confrontations directes, avec un avantage qui dépasse la centaine de victoires, héritage d'une longue période de suprématie, notamment entre 1999 et 2011.
Mais ce déséquilibre historique masque une réalité plus récente : depuis le milieu des années 2010, les Clippers ont souvent rivalisé, voire pris le dessus, transformant un duel autrefois anecdotique en véritable enjeu local. Le rapport de force s'est resserré, et le derby a gagné en intensité à mesure que les Clippers se professionnalisaient et attiraient des stars.
Du partage d'arène à la séparation
Pendant un quart de siècle, la particularité de ce derby tenait à un détail unique dans le sport américain : les deux équipes partageaient la même salle. Depuis l'ouverture de l'arène du centre-ville de Los Angeles en 1999, connue longtemps sous le nom de Staples Center puis rebaptisée Crypto.com Arena en 2021, Lakers et Clippers cohabitaient sous le même toit. On parlait alors de "Hallway Series", la série du couloir, tant les deux vestiaires étaient proches. Le même parquet changeait simplement de décor et de couleurs selon l'équipe qui recevait.
Cette cohabitation a pris fin en 2024. Les Clippers ont quitté le centre-ville pour emménager dans leur propre enceinte, l'Intuit Dome, situé à Inglewood et inauguré en août 2024. Les Lakers, eux, ont prolongé leur bail à la Crypto.com Arena bien au-delà de 2040. Pour la première fois, chaque franchise possède désormais son propre territoire, mettant fin à l'un des arrangements les plus insolites de la ligue.
L'Intuit Dome, une salle pensée pour l'intensité
Le nouvel écrin des Clippers est bien plus qu'une simple salle de basket. Conçu comme un manifeste, l'Intuit Dome a fait le choix inhabituel de limiter sa capacité à environ 18 000 places, là où la plupart des arènes modernes en proposent davantage, afin de concentrer le bruit et de créer une atmosphère plus intense. Parmi ses caractéristiques marquantes :
- "The Wall", une section de 51 rangées derrière l'un des paniers, capable d'accueillir 4 500 supporters pour maximiser la pression sur l'équipe adverse ;
- un écran suspendu géant, le "Halo Board", présenté comme le plus grand affichage LED double face jamais installé dans une arène ;
- une conception entièrement électrique, avec panneaux solaires et batteries permettant à la salle de fonctionner sans émissions durant les événements ;
- un complexe intégrant centre d'entraînement, clinique de médecine du sport, bureaux, espaces commerciaux et terrains extérieurs ouverts au public.
Le premier duel entre les deux rivaux dans cette nouvelle enceinte, en janvier 2025, a d'ailleurs tourné à l'avantage des Clippers, une manière symbolique d'inaugurer leur nouvelle maison face au voisin encombrant.
Des stars des deux côtés
La montée en puissance du derby doit beaucoup à l'arrivée de joueurs majeurs dans les deux camps. Côté Lakers, la franchise s'est appuyée ces dernières années sur LeBron James et Anthony Davis, deux piliers qui ont ramené un titre en 2020. Côté Clippers, l'histoire récente est indissociable de Kawhi Leonard et de Paul George, arrivés ensemble en 2019 pour tenter de faire basculer l'équilibre de la ville, avant que James Harden ne vienne renforcer le collectif.
Dans le contexte particulier de la saison 2026, la donne a toutefois changé. Les New York Knicks ont été sacrés champions NBA, rebattant les cartes de la hiérarchie. Surtout, Kawhi Leonard a quitté la Californie du Sud pour rejoindre les Toronto Raptors, tandis que Giannis Antetokounmpo s'est engagé avec le Miami Heat. Les Clippers ont ainsi dû reconstruire autour d'autres cadres, poursuivant leur quête d'un premier titre qui continue de leur échapper, alors même qu'ils disposent enfin d'une salle à leur image.
Un derby qui a changé de dimension
Longtemps à sens unique, le derby de Los Angeles est devenu l'un des rendez-vous les plus scrutés du calendrier local. La séparation des deux franchises, chacune désormais maîtresse de son arène, ajoute une dimension symbolique à leurs retrouvailles : il ne s'agit plus seulement de deux équipes qui se partagent un vestiaire, mais de deux projets rivaux qui se disputent le cœur d'une même ville. Entre l'aura historique des Lakers et l'ambition affichée des Clippers dans leur Intuit Dome flambant neuf, le "Battle of L.A." a définitivement quitté le statut de simple curiosité pour s'imposer comme une vraie rivalité de voisinage, riche d'histoire et tournée vers l'avenir. Chaque confrontation prend désormais des allures de référence locale, où l'enjeu dépasse le simple résultat comptable : il s'agit de savoir quelle franchise incarnera le basket de Los Angeles pour la prochaine décennie.
Sur le plan sportif, ce duel illustre aussi deux trajectoires opposées. Les Lakers avancent avec le poids de seize titres et une culture de la gagne entretenue depuis des générations, un statut qui les oblige à viser le sommet chaque saison. Les Clippers, eux, portent l'ambition d'une franchise qui veut enfin écrire sa première page glorieuse et sortir définitivement de l'ombre de son voisin. Cette asymétrie, entre une institution installée et un challenger ambitieux, donne au derby une saveur unique. Et si les grandes affiches nationales mettent souvent en avant d'autres rivalités, les habitants de Los Angeles savent, eux, que le véritable choc de leur ville se joue entre le pourpre et or des Lakers et le bleu et rouge des Clippers.